mercredi 6 février 2013

Ce que la magie anime.

Tels de longs filaments lumineux, de belles flammes s'épanouissaient dans la cheminée, faisaient nettement crépiter le bois, puis s'étiraient encore et toujours plus en hauteur, jusqu'à venir caresser la pierre, comme pour la noircir davantage. Plus en dessous, déposées sur un linceul de légères cendres blanches, plusieurs dizaines de petites braises mouraient, rougeoyantes dans leur dernière incandescence. Une énergie sans distorsion circulait dans l'espace, douce chaleur répandue sur notre peau déjà brûlante, jeu d'ombres et de lumières projeté sur nos deux visages où le silence murmurait "communion".

Un soleil en nos âmes, j'y ressentais la concordance dans ce qu'il y a d’intarissable, dans ce qu'il y a d'inaltérable, dans l'Amour autour duquel s'opérait notre convergence. L'attraction pure, c'était nos regards qui ne se quittaient plus, où seulement pour y revenir encore, sans plus opposer de résistance à rien, sans aucune attente de l'autre. L'intensité présente, c'était de te reconnaître, de me reconnaître en toi et de t'aimer, d'être authentique jusqu'aux larmes, de mourir à chaque seconde passée pour enfin Vivre, là, tout de suite. La perfection continue, c'était d'avoir vu nos chemins s'éloigner pour mieux se rejoindre, de n'avoir jamais cessé de te sentir à mes côtés, d'être libre et de ne vouloir en retour la liberté de personne, d'être en accord avec toi et de ne ressentir que l'harmonie.

L'ordre des choses avait longtemps réprimé notre relation épistolaire de même que toute possibilité de retrouvailles, mais les lois régissant l'Univers nous accordaient cette fois la subtile union. À l'ombre des condamnations passées, je me retrouvais à la lumière de ta présence. Tout mon être s'élevait vers toi, et se souvenait que nous n'avions jamais été ni hommes ni femmes, seulement sœurs d'âmes, 

à nouveau réunies sur Terre.

Depuis l'autre bout du monde, les somptueuses étendues sauvages m'avaient prodigué de nouvelles richesses intérieures, mais dès le retour à la ville tout était devenu vide de sens. Conscient qu'il me fallait exorciser mes conflits et mon absence de plénitude intérieure, je faisais un premier pas dans la délivrance, et tu m'accompagnais, je gardais parfois le silence, et tu savais m'interpréter. En guise de rappel, tu m'écrivais: "Tes émotions sont des outils, des révélateurs de ce qui se passe en toi; il y a la peur, induite par le manque de sécurité; la colère, lorsque tu te trouves confronté à une situation qui ne te convient pas; la tristesse, qui intervient lorsque tu as la sensation d'être séparé de ta partie divine; l'euphorie(à ne pas confondre avec la joie), lorsque tu souhaites sentir l'énergie vitale circuler dans ton corps".



Je t'expliquais ma solitude et mon isolement, cette sensation de ne trouver aucune correspondance dans la structure de ce monde, ce fait de ne passer mon temps qu'au rejet de l'insoutenable réalité des hommes. À trop vouloir fuir de l'exploitation, je devenais mon propre tortionnaire, anti-conformiste peut-être, conditionné sûrement. En perpétuelle quête d'un idéal, je ne faisais que courir en vue d'atteindre une projection de mes idées, ce qui faussait tout changement. Lumineuse à mon cœur, tu parvenais à éclairer mes problèmes au fil de notre conversation, chaque note de ta voix opérait sa résonance. J'y voyais une ode à la compréhension de soi, à la découverte des immatériels barreaux de ma prison, inoxydables aux stratagèmes de mon esprit corrompu, lui-même constitué d'un solide alliage de nombreuses peurs et colères.

Dédier ma vie à l'écriture de textes réactifs comme "Et ils planifièrent l'enfer" aurait été stupide, autant que de prendre définitivement racine devant l'écran d'un ordinateur, à l'heure où les pixels se font passer pour des étoiles. Je repensais à l'art des lettres, cet épanouissement, ce risque aussi, puisque lorsque d'inspiration je me heurtais aux meurs et concepts, les bousculés me reprochaient l'étalage futile de ma démence. Je voyais clairement l'inutilité de la bataille, la furieuse déflagration de celui qui jamais ne cessera de voir le diable partout, la jouissance du provocateur valorisé par l'attention qu'on veux bien lui offrir.

Tu me faisais remarquer combien j'employais de superlatifs pour décrire la cause de mes maux, et que cela leur procurait davantage de pouvoir sur ma vie. Je me rendais compte de la violence dans mes paroles et sous ma plume. La perception totale du processus de cause à effet m’apparaissait lucide, précise, sans dispersion.

Peu à peu, tout en moi se condensait en une sorte de sphère unificatrice, d'apparence neutre en surface, presque intolérable en profondeur, comme si l'on me cisaillait le ventre pour en extirper la substance originelle des conflits. J'en apprenais plus sur moi à travers l'expérience de cette douleur que durant certaines périodes de ma vie. Ne subsistait que la difficulté d'exprimer mon ressenti. Puisque les mots ne sont que des symboles, comment pourraient-ils contenir l'Amour ?

Au-dehors, le bel astre d'argent sublimait la nuit sans chasser l'obscurité, qui toujours fardait balafres et merveilles du vieux monde. La maison dormait, mais les flammes sans fumée dansaient encore, et nous étions pareils à ces flammes. Infime étreinte charnelle, nos mains s'effleurèrent d'abord pour enfin se joindre, révélant l'insuffisance du verbe, révolutionnant la poésie du geste.

Adrien

4 commentaires:

  1. Un billet puissant et prenant le tout serti d'un style agréable et fluide. Je lirai.

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  2. "Tout mon être s'élevait vers toi, et se souvenait que nous n'avions jamais été ni hommes ni femmes, seulement sœurs d'âmes, à nouveau réunies sur Terre..... les mots ne sont que des symboles, comment pourraient-ils contenir l'Amour ?"
    Les humains ne savent pas qu'ils sont aimés, attendus, espérés, voulus, désirés. En fait ils ne croient pas que tu ES, ils n'ont confiance qu'en eux-mêmes. Pourquoi sont-ils si aveugles ! On ne voit bien qu'avec le cœur...ils le savent pourtant !

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  3. le talent et l'inspiration n'attendent pas le nombre des années .... tu en es une magnifique preuve vivante ... fais ce à quoi ton âme aspire et tu seras heureux ... tu diffuseras ce bonheur !! ;-)

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  4. Nous devons être très nombreux a espérer la sortie de ton futur livre Adrien ... ce sera(it) un GRAND cadeau ♡

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